Une recherche à propos du temps et du temps de pose m'a permis de découvrir cet article fort intéressant:
http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2009/03/27/961-photographie-et-temporalite
C'est à propos des débuts de la photo, et de ce problème de temps de pose très long qui était rendu nécessaire par la très faible sensibilité du support.
"Ecrire avec la lumière", supposait alors d'écrire aussi avec le temps et "l'instant décisif" n'était simplement pas envisageable.
Pour fixer une image l'immobilité était indispensable... tout mouvement, même l'ombre, disparaissait.
Une autre découverte est ce fragment de texte où la vitrine d'un photographe est décrite:
Il s'agit d'un extrait de:
"Les Sœurs Vatard" de Joris-Karl Huysmans publié en 1879 et dédié à Emile Zola.
"
Quand elles arrivèrent au quai, le jeune homme n’y était point.
Elles revinrent sur leurs pas, et n’ayant rien de mieux à faire, elles s’arrêtèrent devant une montre de photographe. Désirée étouffait. Il n’y avait plus à barguigner maintenant. Le vin était tiré ; il ne s’agissait plus, dans cette dernière visite à son amoureux, que d’être ferme, et elle renfonçait les larmes qui lui montaient aux yeux, lorsqu’elle songeait au visage éploré d’Auguste.
Céline bouillait, elle eût voulu commencer de suite l’attaque ; elle était absolument décidée d’ailleurs, à interrompre les colloques pleurards, les jérémiades, à couper dans le vif, à trancher net.
Tandis qu’arrêtées, devant des cadres en bois noir, Désirée sentait son coeur battre le glas et surveillait avec terreur l’entrée du pont, Céline s’abîmait dans la contemplation de la vitrine. Elle trouvait admirables le caniche assis sur une chaise, avec un rideau derrière ; la femme tressant, dans une attitude langoureuse et avachie, des couronnes de fleurs sur une terrasse ; elle s’enthousiasmait devant des figures d’hommes frisés, avec des moustaches en crocs, des physionomies de gros mufles avec des mines satisfaites, des allures conquérantes, des distinctions de trois minutes, râtées devant un objectif ; elle béait devant des portraits dégradés, piqués comme de chiures de mouches dans le blanc sale qui fuyait des têtes, des portraits de femmes, des dondons décolletées lâchant des tétasses énormes, des visages à guetter aux portes, à faire psit ! psit ! au coin des allées, le soir ; des actrices de quinzième ordre, avec des maillots en coton et des fleurs en taffetas dans les cheveux ; des bonnes avec des tabliers sur le ventre et des engelures aux doigts ; des nouveaux mariés : la femme assise, les mains sur les genoux, l’homme penché sur le fauteuil, l’air discret et malin ; des premiers communiants ahuris et repus, des pioupious étonnés et stupides. Mais ce qui la faisait panteler davantage, c’était une famille composée d’un père, d’une mère, d’un enfant, d’un chat, saisie à une fenêtre, entre un pot de réséda séché et un géranium qui perdait ses feuilles : la mère, commune, mafflue et soufflée, dans sa camisole dont le blanc était mal venu, l’homme débonnaire et mastoc, une trogne de charpentier bon enfant et soûl, le gamin étriqué et canaille, le chat effacé, fondu, enveloppé comme d’une brume.
Céline communiquait ses réflexions à sa soeur, mais Désirée s’intéressait peu, ce matin-là, à toutes ces personnes, figées dans des positions prétentieuses ou bêtes ; elle se sentait défaillir à mesure que l’heure s’avançait.
- Ah çà bien ! mais il est en retard, dit Céline qui se planta vis-à-vis du pont. Il faut croire que la perspective de te revoir ne l’émoustille guère !
Et tandis que, lasses de se promener sur un trottoir, elles traversaient la chaussée pour aller sur un autre, Désirée songeait aux attentes qu’elle avait infligées à Auguste ; elle se donnait tous les torts dans cette rupture, et le courage qu’elle s’était promis d’avoir dès qu’il serait devant elle, fuyait."
http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre22949-chapitre113539.html
Comme il me plairait de voir les photos décrites!