le Pirate Forum
    Quatre heures à Brasilia

  
J'ai donc passé 4 heures à Brasilia, à la fin novembre.
En fait, je suis resté 3 jours pour un séminaire à l'université, mais je n'ai eu que 4 heures en tout pour découvrir la ville, très sommairement on s'en doute...
Ça commence par un vol de nuit, réveil au petit matin au dessus du Nordeste...



Puis les nuages tropicaux au dessus de la forêt atlantique (Mata Atlantica)



Puis l'arrivée à Rio, aéroport Antonio Carlos Jobim (ça ne s'invente pas...), avec cet océan d'habitations qui commence d'un trait de couteau.



Le temps d'arriver jusqu'à Brasilia, un peu de repos à l'hôtel entre deux averses.

Le lendemain je découvre les bâtiments de l'UNB, travail de Niemeyer, des bâtiments ouverts, sans portes, sans clôtures, le Reitora (présidence) d'abord, avec son plan incliné et son amphithéâtre suspendu...











Le jour suivant, au petit matin, l'étonnant sanctuaire Dom Bosco et son lustre de Murano monumental... Le grand bleu... Mais l'architecture me rappelle Notre Dame du Haut, de Perret, au Raincy (je ne sais pas qui a conçu Dom Bosco)






Dommage, je n'avais pas beaucoup de temps... Dans la journée, je fais un saut dans la bâtiment principal de l'université... étonnement et stupeur, comment une architecture peut-elle être à la fois aussi proche et familière, totalement adaptée au climat local, tout en étant stratosphérique dans son concept ! On voit bien ce bâtiment géant dans google earth.








Le dernier jour, c'est une visite rapide de l'axe monumental avec le palais du congrès, les bols des deux chambres, l'esplanade des trois pouvoirs et les palais : Planalto, son jumeau le Tribunal de justice suprême fédéral, le palais Itamaraty surtout, une splendeur !













Ensuite le dôme du musée National et la cathédrale métropolitaine, une dentelle magique, une lumière et un espace inoubliables... Le campanile et les statues des apôtres qui bordent le plan incliné de l'entrée (souterraine).














Enfin, le monument à la mémoire de Juscelino Kubitschek, le fondateur de Brasilia, statufié avec son épouse devant le mémorial.






Voilà, une expérience et une découverte, cette architecture au milieu de nulle part, dans un pays si grand et si lointain...



Quelqu'un qui fait des images ne peut pas être rassurant
Raymond Depardon, Errance

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  • Message par coignet, vendredi 5 décembre 2008 à 23h04

  
Merci notre Pote pour ces photos ; je les avais regardées plusieurs fois dans l'album, avant que tu n'en fasses un sujet rédigé.

A Brasilia, il y a de vraies architectures à mon sens : pensées, abouties, humaines, comme ça :


D'autres auxquelles je ne sais décidément pas m'habituer, quelle que soit la prouesse :


Mais surtout, il y a ça :

Les photos que j'en ai vues m'ont toujours, depuis l'enfance, laissé perplexe : comment peut-on concevoir comme bâtiments des coupes à desserts géantes ? Si l'épure, vue de loin est amusante, et signifie sinon définitivement, mais au moins pour longtemps Brasilia et le XXe siècle, je n'arrive pas à appréhender comment on s'habitue à l'imperfection évidente et inévitable des parements de tels édifices. Tout le savoir de l'architecture traditionnelle est en partie tourné autour de l'intégration des matières et des surfaces, d'une adéquation entre construction, matériaux et matières, car on savait qu'on n'était pas capable de réaliser une grande surface comme on réussit une tasse de porcelaine. Certains modernes ont su intégrer cette donnée dans leur réflexion architecturale, au premier plan desquels Frank Lloyd Wright. Ici, c'est béton peint, et bitume. En maquette, en vue d'avion, c'est très joli, mais en vrai, comme piéton auprès de ces choses, je suis perplexe : non seulement car la technologie n'est pas capable de répondre de manière satisfaisante à ce fantasme d'architecte (la photo du Pote l'exprime bien, avec son premier plan de chaussée à quatre voies, ses plots routiers, sa glissière, et en arrière plan l'assiette géante, dont on devine les imperfections de peau, les joints entre les banches du béton), mais aussi car je me demande comment on se sent comme voisin de si grands volumes si vides.

Cette maquette, que tu visites en piéton, qu'en as-tu pensé ?
Tu la photographies remarquablement bien, en particulier ici :


Une dernière question pour ce soir : autour de ce grand espace mis en scène, comment est-ce ? Comment est la ville, la vraie ville (car je crois qu'on n'habite pas dans ces lieux là ?)

Je ne te quitterai pas ce soir sans avoir salué ça :


Les véritables mers de ces villes sud-américaines m'ont toujours fasciné, ainsi que la manière dont elles s'arrêtent si nettement ; ici, sur ta photo, cette coupure franche se fait contre des zones de terre rouge : superbe !
  • Message par insoL, samedi 6 décembre 2008 à 9h49

Comme Coignet, "… je n'arrive pas à appréhender comment on s'habitue à l'imperfection évidente et inévitable des parements de tels édifices."
Car, comme il dit, "… Tout le savoir de l'architecture traditionnelle est en partie tourné autour de l'intégration des matières et des surfaces, d'une adéquation entre construction, matériaux et matières, car on savait qu'on n'était pas capable de réaliser une grande surface comme on réussit une tasse de porcelaine. …"

Et, que tout cela vieillit mal et dégouline !

Enfin, si Coignet veut bien y trouver "de vraies architectures" … abouties et humaines, c'est qu'il veut bien ne pas voir cela :



Mais merci, quand même, à 'Paul, Pote' pour le reportage sur l'état actuel de "la maquette". :cool:
Rien ne peut être pensé sans son contraire.
Héraclite

  
Je crois qu'il faut aller sur place pour intérioriser Brasilia.

Vous voyez ce projet avec vos yeux d'architectes occidentaux, ce qui est normal et même rassurant.

Tout d'abord, Niemeyer et Kubitscheck voyaient dans ce projet l'expression d'une utopie, dans un Brésil alors très pauvre, U-topie littéralement "qui n'existe nulle part".
Il y a donc un côté idéaliste un peu vain, les coupes ouvertes et fermées pour les chambres basses et hautes, par exemple, ou l'immeuble en H pour "Humanité".
Le vrai problème de Brasilia, c'est que le piéton, précisément, n'y a pas sa place.



J'ai fait des sauts de puce en taxi, mais photographier la ville prendrait 2 ou 3 jours.
Ensuite sur les matières, je ne suis pas du tout d'accord.
Sgraffites, stucs, autant de matières périssables et c'est bien comme ça. La pierre brute de Viollet le Duc me fatigue. Nous sommes périssables, tout est périssable, pourquoi l'architecture devrait-elle y échapper ?

Venise aussi se dégrade et dégouline. Pour ce qui est des dégoulinures, il ne faut pas oublier la relative pauvreté du Brésil, d'une part, son climat impitoyable d'autre part, la douche lorsque j'y étais, 27°, le grill en été. Voyez plutôt les gouttières :



Sur place, les dégoulinures ajoutent plutôt au charme des lieux.
Enfin, autre contrainte climatique, les monumentaux voiles de béton pour ombrager les façades. Mais l'université est un lieu de vie très peuplé et convivial, totalement adapté au climat et aux habitudes locales.

Quant à la cathédrale, c'est un des sanctuaires les plus réussis qu'il m'ait été donné de voir.
Ne vous fiez pas aux photos...
Quelqu'un qui fait des images ne peut pas être rassurant
Raymond Depardon, Errance

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  • Message par garotinho, samedi 6 décembre 2008 à 15h48

  
Paul, le compte rendu de Brasilia est magnifique, texte et photos. Vraiment !
Tu as su voir (en quatre heures) ce rêve qui était Brasilia. Un rêve un peu lézardé.
Justement, ces photos transmettent très bien l'idée d'un rêve...inutile ?


Sinon, tu es venu chez-moi et tu ne m'as pas fait signe !
Je t'attendais, comme d'habitude, dans mon hamac, regardant (à Itapuã) la rencontre entre ciel et mer.
Buvant une cachacinha, o un agua de coco, le regard perdu dans l'horizon...
écoutant Vinícius de Moraes;

Um velho calção de banho
O dia pra vadiar
Um mar que não tem tamanho
E um arco-íris no ar
Depois na praça Caymmi
Sentir preguiça no corpo
E numa esteira de vime
Beber uma água de coco

É bom
Passar uma tarde em Itapuã
Ao sol que arde em Itapuã
Ouvindo o mar de Itapuã
Falar de amor em Itapuã



http://es.youtube.com/watch?v=RCu19tt1mI4
touche pas à mon hamac !
http://barnackla404.blogspot.com/

  
Ah Juan, j'étais aux affres...
Je n'ai pas pu quitter Paris avant le samedi 22 au soir, arrivée Brasilia le 23 à 13h...
Boulot toutes les journées du 24 et 25, avion de retour le 26 à 15h...: je devais impérativement être à Paris le 28 matin...

J'ai pensé à vous tout le temps, d'autant plus qu'un collègue français de BA était avec nous, il m'a raconté l'histoire sordide des caisses de retraite...

Mais j'ai pris de bon contacts là-bas, comme disait Terminator, "I'll be back..." :wink:
Quelqu'un qui fait des images ne peut pas être rassurant
Raymond Depardon, Errance

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  • Message par coignet, samedi 6 décembre 2008 à 19h01

  
Paul Pote, à mon avis, tu fais une pas tout à fait bonne interprétation de ce que j'ai voulu dire.
C'est à propos d'architecture "moderne" tout court, que j'exprimais ces réserves, elles n'ont rien à voir avec le fait que ce soit en Amérique du sud ou en Europe, que ce soit un pays pauvre ou un pays riche.

Vouloir construire une capitale ainsi de toutes pièces à partir de rien, oui, c'est une utopie.
Ce type d'architecture répond-il vraiment à la demande ?

Lorsque je parle de matériaux, je ne parle pas une seconde de pierre, ni de Violet-le-Duc qui est en effet bien fatigant : je parle d'adéquation entre l'usage d'un matériau, le choix d'une figure, d'un volume, et son usage.
L'architecture du XXe siècle a un peu trop souvent voulu croire que les techniques lui permettaient, au nom du purisme, l'usage de figures minimalistes dont la simplicité des lignes tiendrait lieu de discours. Ces matériaux vieillissent mal, demandent un entretien assez considérable, pour un aspect qui, année après année, devient plus rebutant. Ce sont des faits. On a voulu y croire autant ici que là-bas.

Malheureusement, aujourd'hui, probablement à cause d'un certain simplisme du discours architectural, qui nous a livré tant d'espaces vains, chez nous, justement, en Europe, on commet aujourd'hui presque chaque année pire : une sorte de débauche de faux motifs néoclassiques tient lieu d'architecture contemporaine, jusqu'à la nausée. Je ne connais pas grand chose de pire que les derniers quartiers de Cergy par exemple…

Devant ces simples constats : naïveté (assumée peut-être) de ce type d'architecture mis en œuvre à Brasilia, écriture urbaine faite pour l'avion et la voiture, je me demandais : comment toi, visiteur rapide, as-tu perçu tout ceci ?
Séduit manifestement : comment ? Par quoi ?

  
coignet
Ce type d'architecture répond-il vraiment à la demande ?...

Devant ces simples constats : naïveté (assumée peut-être) de ce type d'architecture mis en œuvre à Brasilia, écriture urbaine faite pour l'avion et la voiture, je me demandais : comment toi, visiteur rapide, as-tu perçu tout ceci ?
Séduit manifestement : comment ? Par quoi ?


Comme on dit, le maître d'ouvrage est celui qui paye. Dans Brasilia, il y a le rêve d'un président qui voit l'avenir du Brésil différent de ce que nous connaissons ici. Qui croit que les institutions sont l'expression d'un système de valeurs, et qui veut que ça se voie.
Et il y a le projet d'un architecte engagé, communiste, qui croit que la technè dépassera l'homme pour le libérer, et qui l'exprime dans ses formes improbables.
Leur rencontre est Brasilia.

Ce qui m'a séduit, c'est la merveilleuse ergonomie religieuse intérieure de la cathédrale et de l'université. Un vrai fond dans une forme en apparence délirante voire écrasante.
Pour ce qui est des autres bâtiments, je n'ai pas vu l'intérieur, or je préfère jauger l'architecture du dedans plutôt que du dehors.

En revanche, le projet urbanistique, qui n'est pas de Niemeyer, est très discutable. En particulier, il écrase le piéton : celui-ci a essayé de traverser pendant plusieurs minutes. Il a finalement changé de coin pour réussir dans son entreprise !




Mais ce qui m'a séduit, bien sûr, c'est le voyage et la découverte.
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Raymond Depardon, Errance

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  • Message par coignet, dimanche 7 décembre 2008 à 20h21

  
La croyance en la techne est la base de l'enseignement de l'époque.
Nous entendions tous ça à l'école, autrefois, dans un enseignement qui associait "modernité" à "progressisme", et "tradition" à "réaction", et même pire, à "pétainisme".

Et on rêvait de deux choses : l'industrialisation du processus de construction et de la cellule d'habitation d'une part, et table rase des principes antérieurs d'aménagement et de constitution de la ville.
Les architectes étaient ainsi, et pestaient contre ceux qu'ils n'hésitaient pas à nommer les imbéciles de politiques qui ne comprenaient pas qu'il fallait tout leur confier pour qu'il réalisent la ville de demain.

Brasilia est donc un exemple extraordinaire, ainsi que Chandigarh.
Rien que pour cette raison, la visite vaut le coup.

Quelques citations (approximatives, de mémoire) :
"Le chemin des ânes contre le chemin des hommes" (Le Corbusier)
"toute fenêtre devrait être construite comme la portière de la DS Citroën" (Le Corbusier)
"un immeuble d'habitation doit être comme une grande lame de rasoir disposée en direction nord-sud" (Marcel Lods)
_______________________

Cette fondation était certainement nécessaire, et qu'elle soit remarquable aussi : c'est une façon d'écrire, devant le monde entier : nous sommes un pays moderne, grand, et nous avons des institutions.
Nos vieux États d'Europe n'en avaient pas besoin, ils avaient Versailles, et autres châteaux de reines d'Angleterre…

Toute révolution cherche à s'inscrire dans son temps, et à frapper les esprits par son urbanisme.

Le Brésil a fait Brasilia ;
jadis l'Allemagne faisait Germania.
Il y a quelques mois, tu avais écrit, lorsque je parlais du Bauhaus et en particulier de Gropius, qu'on pourrait écrire exactement la même chose à propos de Gaudi. J'en doute fortement, et je verrai les œuvres de Gaudi bientôt, dans à peu près un mois. Je vous dirai ce que j'en pense, peut-être photographiquement.
_______________________

Ai-je pensé à écrire que je trouve tes photos informantes et superbes ?

  
Pour faire suite à cette improbable visite éclair à Brasilia, je vais vous proposer son pendant inverse : 10 jours à Venise. Un peu de patience car j'ai une montagne d'images à traiter...


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Raymond Depardon, Errance

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  • Message par Proteus, vendredi 2 janvier 2009 à 19h08

  
cette première photo donne très envie de voir les autres :lol:
  • Message par coignet, vendredi 9 janvier 2009 à 15h36

  
j'ai écrit plus haut que
[…] je verrai les œuvres de Gaudi bientôt, dans à peu près un mois. Je vous dirai ce que j'en pense, peut-être photographiquement.

C'est chose faite ; on peut voir sur ce fil.

Concernant Venise, j'attends aussi avec intérêt, d'autant plus marqué que j'irai voir bientôt de mes propres yeux la vraie Venise, dont je vous ramènerai bien entendu quelques pirateries.

  
J'avais loupé ce sujet du pote... C'est vraiment une architecture très impressionnante.
Le fait que le béton semble mal supporter le climat tropical, l'aspect un peu "utopiquement fou" du projet, me font penser à un film, "Aguirre ou la Colère de Dieu" : même sentiment de mélancolie, d'inéluctabilité de la déliquescence.
Coin.
  • Message par tonhito, vendredi 7 décembre 2012 à 9h10

Parmi le pléthore d'articles suite à la mort de Niemeyer, j'ai trouvé pas mal ce petit diaporama sur Brasilia dans le Monde.
Sinon, merci Jacques, Pote d'avoir déterré ce fil fort intéressant.
    Hommage à Oscar Niemeyer
  • Message par Piga, samedi 8 décembre 2012 à 18h10

  
Bonjour,

En hommage à Oscar Niemeyer je voudrais vous faire partager quelques photos prises à Brasilia en juin 2010 à l'occasion d'un déplacement professionnel. J'avais eu deux fois plus de chance que Jacques, Pote, et avais bénéficié de près de 8 heures de liberté à la fin de notre séminaire.

L'eau y est omniprésente, que ce soit devant le mémorial de Juscelino Kubitschek, le fondateur de Brasilia...



...devant le Musée National...



...autour du Palais Itamaraty (ministère des Affaires étrangères)...



...ou devant le Tribunal de justice suprême fédéral, duquel elle s'écoule en grandes cascades.



Outre le facteur esthétique, cela permet d'apporter un peu d'humidité dans cette ville bâtie sur un plateau d'altitude, au climat très sec.

Le Musée National est d'une pureté de lignes absolue, aussi bien de l'extérieur...



...qu'à l'intérieur où, pour les 50 ans de la création de la ville, une intéressante exposition était présentée.



Juste à côté, la Cathédrale, qui m'a moins séduit :



Le Palais Itamaraty, en revanche, m'a totalement emballé. J'avais remarqué, dans le hall d'accueil, une pancarte en plusieurs langues indiquant qu'il est possible de le visiter, sauf périodes de réceptions ou manifestations officielles. Alors j'ai demandé... et quelques minutes plus tard un fonctionnaire de ce ministère est arrivé - francophone - et pendant près d'une heure m'a fait visiter, moi tout seul, les salons et collections... Imaginez qu'un quidam brésilien se pointe à notre Quai d'Orsay, trouverait-il un guide lusophone pour le lui faire visiter ? Je crois plutôt qu'il serait éconduit...
(il m'avait demandé de ne pas photographier les salons et collections ; j'ai tenu parole)



Plus loin j'ai visité le Parlement (visite guidée, en groupe, mais lusophone ; je n'ai pas totalement compris la symbolique des deux coupoles inversées, l'une recouvre l’hémicycle de l'Assemblée nationale, l'autre du Sénat) :



La nuit tombe rapidement sous ces latitudes, et le ciel étoilé est de toute beauté ! (n'étant pas familier de l’hémisphère Sud je ne saurais dire de quelles étoiles il s'agit)

A côté - symbole de la séparation des pouvoirs - le Tribunal de justice suprême fédéral. Sa façade est plus impressionnante la nuit que dans la journée :



J'avais fait tout cela à pied - et les distances sont énormes. Mais cela ne me permet pas de répondre à la question "comment est la ville, la vraie ville ?". Je n'en ai guère parcouru que l'épine dorsale. Et les quartiers sont extrêmement spécialisés : de part et d'autre de cette épine dorsale la ville s'organise dans les "ailes", avec le quartier des hôtels, celui des restaurants, celui des bistrots... Aussi n'y avait-il pas la moindre terrasse, pas la moindre épicerie où s'acheter une bouteille d'eau, pas la moindre possibilité de se restaurer... tout au long de ma balade...

Quelques dernières images : c'est vrai, Brasilia est conçue autour de la circulation automobile ; mais sur cet axe central les voitures étaient aussi rares que les piétons...



...du coup, c'est une ville sans tags : voici le seul que j'ai trouvé sur mon chemin...

  • Message par insoL, samedi 8 décembre 2012 à 22h04

Sincères félicitations pour ce — superbe — plaidoyer photographique (Musée national) où il est, presque, impossible de discerner l'incompatibilité de cette architecture formaliste avec le climat local. Chapeau !
Rien ne peut être pensé sans son contraire.
Héraclite
  • Message par paga, samedi 8 décembre 2012 à 22h57

hédoniste nihiliste
Un très beau témoignage...

:salue
  • Message par HB, dimanche 9 décembre 2012 à 9h58

  
Merci Piga, de nous partager cet excellent reportage :wink:
  • Message par tonhito, dimanche 9 décembre 2012 à 12h50

Superbe, cadrages au cordeau, magnifique. Une seule chose me manque...mais je suppose que tu n'y es pour rien : LES GENS ! :lol:
Sans doute est-ce la limite de ces villes "nouvelles" ?
Merci en tout cas de ce beau reportage.
  • Message par Piga, dimanche 9 décembre 2012 à 12h57

  
Merci !

A Brasília j'ai également constaté que l'ascenseur social fonctionne bien :



...et beaucoup apprécié le jus de citron frais (surtout lorsqu'il est bonifié par la Cachaça !) :



(une bonne adresse : "Empório da Cachaça" dans le quartier des Cachaçarias)
  • Message par Piga, dimanche 9 décembre 2012 à 14h22

  
tonhito a écrit :
Une seule chose me manque...mais je suppose que tu n'y es pour rien : LES GENS ! :lol:
Sans doute est-ce la limite de ces villes "nouvelles" ?

Je viens de consulter mon agenda : cette série a été prise le 12 juin 2010, donc un samedi. Et c'est vrai, il n'y avait pas beaucoup de monde dans ce quartier. La veille au soir j'étais allé me promener dans le quartier des grands magasins : il y avait beaucoup de monde !

Il y avait quand même des humains ce samedi là :






Avec ces derniers, lorsque je suis passé près d'eux, nous avons fait un brin de causette. Dans un français parfait, il m'a dit que j'avais un beau Leica ; et elle m'a dit son désir de venir étudier en France...
...mais j'ai surtout été face à face avec moi-même...





(et, non, derrière moi ce ne sont pas des tags, ce sont des céramiques le long de ce que je pense être le Conservatoire national de musique et de danse)




  
tonhito a écrit :
Une seule chose me manque...mais je suppose que tu n'y es pour rien : LES GENS ! :lol:
Sans doute est-ce la limite de ces villes "nouvelles" ?


Comme dit plus haut par Coignet Brasilia est une espèce de Cergy-Pontoise géante. La plupart des réalisation monumentales de Niemeyer se trouvent le long de l'Axe Majeur orienté NE-SO (vertical sur le plan ci-dessous). C'est évidemment là que vont les "touristes", la plupart du temps des visiteurs de passage, les "vrais" touristes étant rares (Brasilia est loin de tout, isolée dans un district où la fièvre jaune va et vient, si l'on est pas vacciné cela peut poser problème).

L'Axe Majeur est bordé par les quartiers des ministères. Puis on trouve, dans les ailes de l'avion Brasilia, les zones hôtelières et d'affaires.




Entre la Torre de TV et le Palacio do Planalto, sur le plan ci-dessous, il y a environ 3 km. Les zones résidentielles originelles sont en vert, des banlieues gigantesques se sont ajoutées depuis (il y a aujourd'hui 3 millions d'habitants à Brasilia).

Les distances sont donc inaccessibles aux piétons. La zone de l'Axe est envahie de voitures et de bus les matins et les soirs, puis tout redevient calme : il n'y a plus de "gens" dehors !
Si on veut en voir, il faut aller à l'université (cf mes photos plus haut) ou dans les centres commerciaux qui se trouvent dans l'aile Sud (à gauche sur le plan). Et là, il n'y a rien à photographier, c'est "comme chez nous".

Quant aux quartiers plus populaires… On est au Brésil, on ne se balade pas comme ça tout seul le nez au vent avec un sac photo en bandoulière. Même si on n'est pas à Sao Paulo les mauvaises rencontres peuvent être vraiment mauvaises. Sur l'Axe Majeur ou les quartiers proches ça va (je m'étais attaché les services d'un chauffeur de taxi pour la demi-journée que j'y ai passée). Au delà il faut être plus méfiant. Les villas du quartier du Lac ont des clôtures de sécurité impressionnantes.

Niemeyer avait bien retenu le principe du matérialisme dialectique, selon lequel l'histoire, donc les faits sociaux, est rationnellement déterminée. D'où son architecture symbolique et rationnelle, un peu à la manière de notre architecture religieuse du moyen-âge. La cathédrale, souterraine, s'ouvre vers le ciel. Le bâtiment du Parlement, en H comme Humanité, les deux coupoles, tournée vers le pays pour la chambre basse, ouverte sur le monde pour la chambre haute, …
Tout ça pétri d'esthétisme. Voir ici quelques infos.

Les "gens" ne trouvent place dans cette architecture que pour écouter la leçon de papa Oscar.

L'église Don Bosco est très différente. Je n'ai pas pu trouver qui en était l'architecte.
Quelqu'un qui fait des images ne peut pas être rassurant
Raymond Depardon, Errance

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  • Message par orville, lundi 10 décembre 2012 à 19h05

  
Très haute tenue de ce fil, tant par la qualité des photos que par la pertinence des commentaires et explications.
:salue
"Quand tu ne ris pas tu ne vis pas"
  • Message par Tromer, lundi 10 décembre 2012 à 19h08

  
Pas mieux ...
__________________________________
:boite: Pour la Saint Romaric Piga nous a fait un Pirate bien chic
  • Message par paga, lundi 10 décembre 2012 à 19h37

hédoniste nihiliste
Evidemment, en mettant Jacques, pote et Piga en charge du projet, c'est "job well done and done!"
On devrait peut-être les envoyer tout les 2 au proche orient, vers Gaza, régler deux ou trois trucs laissés en plan.

:salue
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